Proust vu par Paul Morand

Proust vu par Paul Morand

 

Les premières pages d’un témoignage de Paul Morand  (1888 – 1976) sur Proust.

Irrésistible !
(Allez ! Un petit effort, quoi !)

 

 

Proust vu par Paul Morand

Le visiteur du soir, Paul Morand, La Palatine, Genève, 1949

Proust vue par Paul Morand

Le visiteur du soir, Paul Morand, La Palatine, Genève, 1949

Proust vu par Paul Morand

Le visiteur du soir, Paul Morand, La Palatine, Genève, 1949

4 réflexions sur “Proust vu par Paul Morand

  1. Ode à Marcel Proust par Paul Morand (1888-1976)

    Ombre
    Née de la fumée de vos fumigations,
    Le visage et la voix
    Mangés
    Par l’usage de la nuit
    Céleste,
    Avec sa vigueur, douce, me trempe dans le jus noir
    De votre chambre
    Qui sent le bouchon tiède et la cheminée morte.
    Derrière l’écran des cahiers,
    Sous la lampe blonde et poisseuse comme une confiture,
    Votre visage gît sous un traversin de craie.
    Vous me tendez des mains gantées de filoselle;
    Silencieusement votre barbe repousse
    Au fond de vos joues.
    Je dis :
    – vous avez l’air d’aller fort bien.
    Vous répondez :
    – Cher ami, j’ai failli mourir trois fois dans la journée.
    Vos fenêtres à tout jamais fermées
    Vous refusent au boulevard Haussmann
    Rempli à pleins bords,
    Comme une auge brillante,
    Du fracas de tôle des tramways.
    Peut-être n’avez-vous jamais vu le soleil ?
    Mais vous l’avez reconstitué, comme Lemoine, si véridique,
    Que vos arbres fruitiers dans la nuit
    Ont donné les fleurs.
    Votre nuit n’est pas notre nuit :
    C’est plein des lueurs blanches
    Des catleyas) et des robes d’Odette,
    Cristaux des flûtes, des lustres
    Et des jabots tuyautés du général de Froberville.
    Votre voix, blanche aussi, trace une phrase si longue
    Qu’on dirait qu’elle plie, alors que comme un malade
    Sommeillant qui se plaint,
    Vous dites : qu’on vous a fait un énorme chagrin.
    Proust, à quels raouts allez-vous donc la nuit
    Pour en revenir avec des yeux si las et si lucides ?
    Quelles frayeurs à nous interdites avez-vous connues
    Pour en revenir si indulgent et si bon ?
    Et sachant les travaux des âmes
    Et ce qui se passe dans les maisons,
    Et que l’amour fait si mal ?
    Étaient-ce de si terribles veilles que vous y laissâtes
    Cette rose fraîcheur
    Du portrait de Jacques-Émile Blanche ?
    Et que vous voici, ce soir,
    Pétri de la pâleur docile des cires
    Mais heureux que l’on croie à votre agonie douce
    De dandy gris perle et noir ?

    (Paul Morand, 1915)

    Aimé par 1 personne

    • Je ne connaissais pas ce très beau texte de Paul Morand, paru dans le recueil « Lampes à arc », Editions Au Sans Pareil, 1920, repris dans « Poèmes 1914-1924 », Editions Richard, 1926 et enfin dans « Poèmes » chez Gallimard, collection Poésie, 1973.
      (je suis obsédée par les références !).
      Merci Martine !

      Aimé par 1 personne

    • Pour sûr, M’dame !
      Mais c’est plus fort que moi, j’ai besoin de connaître les coulisses, le contexte, les détails – bref, tout ce qui ne sert à rien et dont tout le monde se fout !!!
      Je perds beaucoup d’énergie mais je travaille là-dessus !
      Bises.

      Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s